Littérature
Les humanités médicales constituent un domaine interdisciplinaire s’intéressant, entre autres, au rôle de la littérature pour la médecine. Tandis que le texte littéraire était considéré, pendant une première phase, surtout comme un fournisseur de skills aux futurs médecins, la deuxième phase des Critical Medical Humanities (cf. Viney et al. 2015, 2-7 ; Whitehead/Woods 2022) encourage plutôt un dialogue commun autour des notions centrales pour ces deux ‘sciences de la vie’ (cf. Ette 2004), comme la narrativité, le genre, le handicap, la santé/maladie.
Face à l’orientation plutôt eurocentrique des humanités médicales (cf. Elsner/Wilson 2022 ; Bonah et al. 2022 ; Temelli 2021 ; Wenger 2012), nous examinerons dans quelle mesure les littératures francophones constituent une (res:)source importante pour ce champ, surtout s’il s’agit de sensibiliser à la « migration des hommes [et] fluctuation des concepts [médicaux] » (Nathan 2006, 114), de thématiser les traditions médicales autochtones ou de représenter des paysages médicaux interconnectés au sens des « medicoscapes » (Hörbst/Wolf 2003, 4).
Ces réflexions s’inscrivent non seulement dans la ‘décolonisation’ déjà établie des Trauma Studies (cf. Craps/Buelens 2008 ; Visser 2015, 250-265 ; Segler-Meßner/von Treskow 2024), mais également dans celle des humanités médicales (cf. Rashid/Whitehead 2022, 193-194 ; Fürholzer/Pröll 2023). Selon Angela Woods, la narration des expériences personnelles de la maladie, si centrale dans la médecine narrative (cf. Charon 2008), constitue, par exemple, « a kind of Western ‘master narrative’ » (2011, 75), dont le transfert interculturel peut poser problème – comme l’illustre Muo, premier psychanalyste chinois, dépeint de manière ironique par Dai Sijie dans Le complexe de Di (2003).
Ces pistes, contribuant à travers l’analyse des textes fictionnels et non-fictionnelles (mais aussi des films, des romans graphiques, etc.) aux « medical humanities in transition » (Pietrzak-Franger/Elsner 2023, 501-502), suggèrent les axes de réflexion suivants :
· Comment des situations de traitement et/ou de thérapie transculturelles sont-elles représentées ? Comment se déroule, par exemple, le contact entre patient.e.s et soignant.e.s de contextes culturels différents (cf. Böhles/Mayyada 2018 ; Pröll 2024 ; Waberi 2022 ; Farhoud 2018, Cheng 1998, Mokeddem 1993) ?
· Comment les méthodes de guérison autochtones et leurs acteur.e.s (p.ex. marabouts) sont-ils représentés (cf. Bardolph 1994) ? Se trouvent-ils soumis à des exotisations littéraires ? Sont-ils considérés comme marqueurs identitaires postcoloniaux ou apparaissent-ils, au contraire, comme arriérés (cf. Laroui 2014) ? Dans quelle mesure dévoilent-ils l’importance des ressources (matérielles) s’il s’agit de l’accès aux soins (établis) ?
· Quel rôle incombe aux médecins-écrivains francophones, comme par exemple Jean Désy (2018, 51-60) ou Joël des Rosiers (cf. 2018) comme ‘médiateurs’ entre différentes traditions de soin ?
· Où/Comment le pouvoir (excessif) de la médecine coloniale et ses interactions avec les traditions médicales indigènes sont-ils représentés (cf. Belamri 1987, Moï 2005) ? Dans quelle mesure entangled medical histories se font entendre ?
· Dans quelle mesure les textes littéraires constituent-ils une (res:)source importante pour (re-)négocier les traumatismes coloniaux (cf. Bazié/Lüsebrink 2011 ; Emmanuel Bruno 2016) ou les catastrophes naturelles (cf. Laferrière 2010, Bey 2005) ?
· Comment un corpus de littératures francophones peut-il contribuer à la formation médicale, p.ex. pour promouvoir la « cross-cultural competence » (Ernst/Freitag 2015, 13) ?
· Dans quelle mesure les littératures francophones – selon les enjeux de la deuxième phase des humanités médicales – peuvent-elles être considérées comme « fictions epistémologiques » (cf. Klinkert 2010) capables de relever l’importance de la culture pour la médecine ou de proposer des ontologies alternatives (cf. Tadjo 2017) dans le but d’encourager une éthique du care (Tronto 1993)?
Nous invitons des propositions de contribution en allemand ou en français. Les résumés ne doivent pas dépasser 500 mots (bibliographie exclue). La soumission se fait au moyen du formulaire disponible ici. Veuillez envoyer votre proposition avant le 31 janvier 2026 aux adresses suivantes : julia.proell@uibk.ac.at, maja.klostermann@uibk.ac.at
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Bibliographie
Sources primaires (choix)/ Primärliteratur (Auswahl)
Belamri, Rabah. 1987. Regard blessé. Paris: Gallimard.
Bey, Maïssa. 2005. Surtout ne te retourne pas. La Tour-d’Aigues: Éditions de l’Aube.
Cheng, François. 1998. Le Dit de Tianyi. Paris: Éditions Albin Michel.
Delisle, Guy. 2016. S’enfuir. Récit d’un otage. Paris: Éditions Dargaud.
Farhoud, Abla. 2018. Le fou d’Omar. Montréal: Typo.
Laferrière, Danny. 2010. Tout bouge autour de moi. Montréal: Mémoire d’Encrier.
Laroui, Fouad. 2014. Les tribulations du dernier des Sijilmassi. Paris: Julliard.
Moï, Anna. 2005. Rapaces. Paris: Gallimard.
Mokeddem, Malika. 1993. L’Interdite. Paris: Grasset.
Sijie, Dai. 2003. Le complexe de Di. Paris: Gallimard.
Tadjo, Véronique. 2017. En compagnie des hommes. Paris : Don Quichotte Éditions.
Waberi, Abdourahman. 2022. Dis-moi pour qui j’existe? Paris: JC Lattès.
Sources sécondaires (choix)/ Sekundärliteratur (Auswahl)
Appadurai, Arjun. 1998. Globale ethnische Räume. Bemerkungen und Fragen zur Entwicklung einer transnationalen Anthropologie. In Ulrich Beck (ed.), Perspektiven der Weltgesellschaft, 11-40. Frankfurt am Main: Suhrkamp.
Bardolph, Jacqueline (ed.). 1994. Littérature et maladie en Afrique : Image et fonction de la maladie dans la production littéraire. Paris: Harmattan.
Bazié, Isaac & Hans-Jürgen Lüsebrink (eds.). 2011. Violences postcoloniales : Représentations littéraires et perceptions médiatiques. Münster: Lit Verlag.
Behrens, Rudolf & Carsten Zelle. 2012. Der ärztliche Fallbericht. Epistemische Grundlagen und textuelle Strukturen dargestellter Beobachtung. Wiesbaden: Harrassowitz.
Böhles, Hansjosef & Qirshi Mayyada. 2018. Transkulturelle Medizin. Migranten aus muslimischen und afrikanischen Lebenswelten im ärztlichen Alltag. Berlin: Springer.
Bonah, Christian, Guillaume Linte & Alexandre Wenger (eds.). 2022. Maladies infectieuses sans fin : Le cas de la syphilis pour penser la mobilisation démobilisation prophylactique (20e – 21e siècles). Genève: Georg.
Cabral, Maria de Jesus & Marie-France Mamzer. 2019. Médecin, soignants, osons la littérature. Un laboratoire pour la réflexion éthique. Paris: Sipayat.
Charon, Rita. 2008. Narrative Medicine. Honoring the Stories of Illness. Oxford: Oxford University Press.
Craps, Stef & Gert Buelens. 2008. Introduction: Postcolonial Trauma Novels. Studies in the Novel 40. 1-12.
Danou, Gérard, Philippe Bagros & Annie Olivier (eds.). 1998. Littérature et médecine. Petite anthologie littéraire à l’usage des étudiants en médecine. Paris: Ellipses.
Des Rosiers, Joël. 2019. Discours de réception. Médecine et littérature. Montréal: Éditions Triptyque.
Désy, Jean. 2018. Entre poésie et médecine : le métier de soignant. In Julia Pröll, Henning Madry & Hans-Jürgen Lüsebrink (eds.), Médecins écrivains français et francophones: Imaginaires – poétiques – perspectives interculturelles et transdisciplinaires, 51-60. Würzburg: Königshausen & Neumann.
Dror, Otniel E. 2011. De-medicalizing the Medical Humanities. The European Legacy 16(3). 317–326.
Elsner, Anna Magdalena & Steven Wilson (eds.). 2022. Journal of Romance Studies 22(4) [= Special Issue: Cultural Languages of Pain].
Emmanuel Bruno, Jean-François. 2016. Poétiques de la violence et récits francophones contemporains. Leiden: Brill.
Ernst, Jutta & Florian Freitag. 2015. Einleitung. In Jutta Ernst & Florian Freitag (eds.), Transkulturelle Dynamiken: Aktanten – Prozesse – Theorien, 7-30. Bielefeld: transcript.
Ette, Ottmar. 2004. ÜberLebenswissen. Die Aufgabe der Philologie. Berlin: Kadmos.
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Fürholzer, Katharina & Julia Pröll (eds.). 2023. Fluchtlinien der Sprache(n). Migration, Kulturkontakt und Sprachbewegung im Spiegel der Medical Humanities. Berlin, Boston: de Gruyter.
Hörbst, Viola & Angelika Wolf. 2003. Globalisierung der Heilkunde: Eine Einführung. In Viola Hörbst & Angelika Wolf (eds.), Medizin und Globalisierung. Universelle Ansprüche – lokale Antworten, 3-30. Münster: Lit Verlag.
Klinkert, Thomas. 2010. Epistemologische Fiktionen. Zur Interferenz von Literatur und Wissenschaft seit der Aufklärung. Berlin: de Gruyter.
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Nathan, Tobie. 2007. Nous ne sommes pas seuls au monde. Les enjeux de l’ethnopsychiatrie. Paris: Points Seuil.
Paschoud, Adrien & Alexandre Wenger. 2012. Sade: sciences, savoirs et invention romanesque. Paris: Hermann.
Pietrzak-Franger, Monika & Anna Elsner. 2023. Medical Humanities in Transition. Medical Humanities 49(4). 501-502.
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Rashid, Ahmed & Cynthia Whitehead. 2022. Applying postcolonial theory in academic medicine. Journal of the Royal Society of Medicine 115(5).193–194.
Segler-Meßner, Silke & Isabella von Treskow (eds.). 2024. Traumatisme et mémoire culturelle. France et espaces francophones. Berlin, New York: de Gruyter.
Temelli, Yasmin. 2021. Le sel n’est pas salé. Depression und depressives Erleben männlicher Figuren in der französischen Gegenwartsliteratur. Freiburg im Breisgau: Rombach Verlag.
Tronto, Joan C. 1993. Moral Boundaries. A Political Argument for an Ethic of Care. New York: Routledge.
Viney, William, Felicity Callard & Angela Woods. 2015. Critical medical humanities: embracing entanglement, taking risks. Medical Humanities 41. 2–7.
Visser, Irene. 2015. Decolonizing Trauma Theory: Retrospect and Prospects. Humanities 4. 250-265.
Whitehead, Anne & Angela Woods (eds.). 2022. The Edinburgh Companion to the Critical Medical Humanities. Edinburgh: Edinburgh University Press.
Woods, Angela. 2011. The limits of narrative: provocations for the medical humanities. Medical Humanities 37(2). 73-78.
Les lettres constituent une ressource fondamentale des Lumières. Moyen de communication clé des échanges érudits entre les salons bourgeois et les cercles courtois, elles permettent le transfert des idées ainsi qu’une participation aux débats intellectuels qui se déroulent surtout à Paris comme centre culturel. Dans ce contexte, les progrès de la poste jouent un rôle important dans l’expansion des réseaux de correspondance. En même temps, ces derniers contribuent aussi à la genèse du roman épistolaire qui reflète la perméabilité entre les lettres historiques et les fictions épistolaires en termes de pratiques et modèles discursifs à la mode.
Parallèlement, les lettres se révèlent être non seulement des ressources communicatives, mais aussi épistémiques, agissant comme des médias de production et de circulation du savoir. C’est précisément au XVIIIe siècle que la confrontation (verbalisée) avec des objets culturellement novateurs se déroule dans les lettres. Elles permettent ainsi d’accéder à la res en tant que savoir potentiel, une qualité qui devient déterminante pour aborder les objets du Nouveau Monde et qui renvoie notamment à la notion d’ « ordre du discours » tel que l’a décrit Foucault pour l’époque pré-moderne. Cet aspect de la rencontre avec « l’autre » apparaît clairement, par exemple, dans les romans épistolaires de de Graffigny ou de Montesquieu.
Cette section se penche donc sur les lettres en tant que « Leitmedium » des Lumières en choisissant la perspective de la ressource. À travers les lettres se révèlent des dynamiques de circulation du savoir, des réseaux culturels, des formes résultant de l’hybridation des genres « érudits » et du roman « populaire » ainsi que des aspects de style et des modèles intertextuels (Voiture, Sévigné).
Un premier axe de travail (textualité : discours et genre) portera sur la question des genres et analysera les contacts entre les corpus de lettres historiques et les romans épistolaires. En ce qui concerne l’aspect du genre, on se demandera dans quelle mesure une négociation du savoir contemporain se retrouve dans les lettres, soient-elles factuelles ou fictionnelles. Celles-ci abordent souvent des aspects économiques, coloniaux ou de genre très actuels et les mettent en scène pour un public de cour ou de salon. Un deuxième axe (lettres dans l’action : dispositifs, outils, artefacts) se concentrera sur la dimension médiatique et matérielle des lettres, les pratiques concrètes de l’écriture et de la lecture, mais aussi sur l’insertion des lettres dans des réseaux érudits transnationaux. Un troisième axe (canonisation, archive, gender) sera consacré au canon historique et posera notamment la question des femmes écrivaines et savantes qui cultivaient les lettres et les romans épistolaires, à quoi s’ajouteront les aspects de la possession de livres par les femmes et du mécénat au XVIIIe siècle.
Le cadre théorique et méthodique de la section reprendra les approches établies de l’histoire culturelle et littéraire des Lumières (Elias, Foucault, Starobinski) ainsi que celles de la critique coloniale et économique (Lévi-Strauss, Deleuze/Guattari) toutefois complétées par les aspects de la généalogie technique, de la matérialité des lettres et des pratiques d’écriture concrètes (Latour, Koschorke, Schüttpelz).
Nous demandons des propositions de contribution en allemand ou en français, les résumés n’excédant pas 500 mots (bibliographie exclue). La soumission des résumés se fait à l’aide du formulaire ci-joint. Veuillez envoyer votre proposition jusqu‘au 31 janvier 2026 (date limite) aux adresses suivantes : chrmueller.lueneschloss@romanistik.uni-kiel.de, franknagel@romanistik.uni-kiel.de
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Bibliographie
Bastian, Corina. 2013. Verhandeln in Briefen. Frauen in der höfischen Diplomatie des frühen 18. Jahrhunderts. Cologne, Weimar, Vienne: Böhlau.
Bru, Thérèse & Solène de la Forest d’Amaillé, Solène (eds.). 2017. Matière à écrire. Les échanges de correspondance du XVIe au XIXe siècle. Vincennes: Presses universitaires.
Chartier, Roger. 2023. Pratiques de la lecture. Paris: Payot.
Courtine, Jean-François. 1992. Res. In Joachim Ritter, Karlfried Gründe & Gottfried Gabriel (eds.), Historisches Wörterbuch der Philosophie, vol. 8. Bâle: Schwabe. 892-901.
Daston, Lorraine (ed.). 2004. Things that talk: Object lessons from Art and Science. New York: Zone Books.
Elias, Norbert. 2019. Die höfische Gesellschaft. Untersuchungen zur Soziologie des Königtums und der höfischen Aristokratie. Berlin: Suhrkamp.
Foucault, Michel. 1966. Les mots et les choses. Une archéologie des sciences humaines. Paris: Gallimard.
Foucault, Michel. 1984. Qu’est-ce que les Lumières? In Dits et écrits, vol. 4. Paris: Gallimard. 562- 578.
Goldsmith, Elizabeth. 2021. Epistolary Fiction: The Novel in the Postal Age. In Adam Watt, (ed.), The Cambridge History of the Novel in French. Cambridge: University Press. 204-219.
Grewe, Andrea & Helga Meise (eds.). 2025. Französische Bücher in deutschen Fürstinnenbibliotheken. Konjunkturen des Französischen 1550-1800. Berlin, Heidelberg: Metzler.
Hagengruber, Ruth & Hartmut Hecht (eds.). 2019. Emilie du Châtelet und die deutsche Aufklärung. Wiesbade: Springer VS.
Hempfer, Klaus W. 2007. Zum Verhältnis von ‚Literatur‘ und ‚Aufklärung‘. In Roland Galle & Helmut Pfeiffer (eds.), Aufklärung. Munich: Fink. 15-54.
Israel, Jonathan. 2012. Democratic Enlightenment. Philosophy, Revolution and Human Rights 1750- 1790. Oxford: University Press.
Knapp, Lore (ed.). 2019. Literarische Netzwerke im 18. Jahrhundert. Mit den Übersetzungen zweier Aufsätze von Latour und Shapiro. Berlin: Aisthesis.
Koschorke, Albrecht. 2003. Körperströme und Schriftverkehr. Mediologie des 18. Jahrhunderts. Munich: Fink.
Lévi-Strauss, Claude. 1990. La pensée sauvage. Paris: Plon.
Lilti, Antoine. 2005. Le monde des salons. Sociabilité et mondanité à Paris au XVIIIe siècle. Paris: Fayard.
Lüsebrink, Hans-Jürgen et al. (eds.). 1997. Kulturtransfer im Epochenumbruch. Frankreich – Deutschland 1770–1815, 2 vols. Leipzig: Universitätsverlag.
Matthews-Schlinzig, Marie Isabel et al. (eds.). 2020. Handbuch Brief. Von der Frühen Neuzeit bis zur Gegenwart. Berlin, Boston: de Gruyter.
Ménissier, Patricia. 2008. Les amies de Voltaire dans la correspondance (1749-1778). Paris: Champion.
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Opitz, Claudia. 2002. Aufklärung der Geschlechter, Revolution der Geschlechterordnung. Studien zur Politik- und Kulturgeschichte des 18. Jahrhunderts. Muenster: Waxmann.
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Schüttpelz, Erhard. 2006. Die medienanthropologische Kehre der Kulturtechniken. Archiv für Mediengeschichte 1. 87-110.
Starobinski, Jean. 1991. Le remède dans le mal. Critique et légitimation de l’artifice à l’âge des Lumières. Paris: Gallimard.
Steigerwald, Jörn. 2011. Galanterie. Die Fabrikation einer natürlichen Ethik der höfischen Gesellschaft (1650-1710). Heidelberg: Winter.
Struve, Karen. 2020. Wildes Wissen in der « Encyclopédie ». Koloniale Alterität, Wissen und Narration in der französischen Aufklärung. Berlin, Boston: de Gruyter.
L’eau est une ressource indispensable à la vie sur notre planète, mais elle est également particulièrement menacée par le changement climatique, le gaspillage et la pollution. L’état déplorable des océans, la pénurie d’eau qui touche de nombreuses régions et qui alterne périodiquement avec des inondations tout aussi néfastes, sont peut-être les indicateurs les plus évidents de l’état de la Terre. Cependant, il serait erroné de ne discuter de l’eau que sous l’angle de la crise ou de la pénurie. L’eau a toujours fasciné l’humanité en tant que source de vie, symbole spirituel, phénomène esthétique pouvant prendre les formes les plus diverses, comme la neige, la glace, la vapeur, les gouttes ou le courant. Il n’est donc pas étonnant que l’eau ait occupé la littérature de tous les temps et qu’elle constitue une source inépuisable de symboles, de métaphores, de motifs et de réflexions, tout comme elle est indispensable à toute vie sur le plan matériel. L’eau a fasciné les auteurs d’aventures et les écrivains voyageurs par son exotisme et sa dangerosité, tout en constituant une force motrice pour l’industrialisation et pour un confort domestique insoupçonné. À l’heure actuelle, l’eau apparaît tantôt comme un espace de vie menacé et insondable, tantôt comme un bien empoisonné, s’infiltrant et disparaissant. En tant que telle, la réflexion sur l’eau s’associe de manière dialectique à celle sur le désert. L’eau façonne les différents écosystèmes des littératures francophones, elle forme des archipels et des atolls, des lacs et des cours d’eau imposants, elle fournit des voies de communication pour le commerce et la colonisation. L’exemple de l’eau montre ainsi la caducité de la dichotomie dépassée entre nature et culture. Les multiples représentations, esthétisations et discursivisassions de la ressource eau dans la littérature française et francophone (y compris le cinéma, la bande dessinée, etc.) font l’objet de cette section. À travers des exposés méthodologiques innovants et à des réflexions théoriques s’inscrivant dans la lignée des humanités bleues, nous souhaitons acquérir de nouvelles perspectives sur les représentations de l’eau dans les littératures francophones du Moyen Âge à nos jours.
Afin d’explorer les multiples facettes de la ressource en eau et les relations entre cette ressource et la littérature, le panel s’adresse aux chercheurs dans les domaines de la littérature française/francophone, de l’écocritique, de l’écopoétique, des sciences culturelles et
des sciences humaines environnementales, ainsi qu’à tous ceux qui s’intéressent à l’intersection entre les littératures française et francophone, les ressources et l’écologie.
Les questions et thèmes suivants sont proposés à titre d’inspiration pour d’éventuelles approches, mais peuvent bien sûr être complétés par d’autres suggestions :
1. Comment la littérature influence-t-elle l’attitude de la société à l’égard de l’eau en tant que ressource naturelle ?
2. Quelle est la signification écologique de l’eau (écocritique, écopoétique, géocritique, écologie décoloniale, etc.) dans les interprétations d’œuvres canoniques ou moins connues ?
3. Quelles sont les fonctions du motif de l’eau dans l’histoire des littératures française et francophone ? Comment est-il esthétisé dans ces littératures ?
4. Existe-t-il des différences ou des similitudes spécifiques dans la manière dont l’eau est abordée dans les littératures de l’océan Indien, de l’océan Pacifique, de l’océan Atlantique, de la région méditerranéenne et d’autres mers ?
5. L’eau dans différents médias et genres (films, bandes dessinées, romans-photos, littérature pour enfants et adolescents, science-fiction, littérature de voyage, littérature des migrants, etc.).
Nous demandons des propositions de contribution en allemand ou en français, les résumés n’excédant pas 500 mots (bibliographie exclue). La soumission des résumés se fait à l’aide du formulaire ci-joint. Veuillez envoyer votre proposition jusqu‘au 31 janvier 2026 (date limite) aux adresses suivantes : steffen.schneider@uni-graz.at, pankhuri.bhatt@uni-graz.at
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Bibliographie
Borgards, Roland, Frederike Middelhoff & Barbara Thums (eds.). 2025. Wasserlandschaften. Ökologien des Fluiden um 1800. Stuttgart 2025.
Brunet, Étienne 2001. Le thème de l’eau dans la littérature française. Cahiers de Lexicologie, 78. 65–79, https://hal.science/hal-04684893v1/document.
Cohen, Margaret. 2010. Literary Studies on the Terraqueous Globe. Publications of the Modern Language Association of America, 125/3, 657–662.
Cohen, Margaret & Killian Colm Quigley (eds.). 2020. The aesthetics of the undersea. New York, London: Routledge, Taylor & Francis Group.
DeLoughrey, Elizabeth. 2007. Routes and Roots. Navigating Caribbean and Pacific Island Literatures. Honolulu: University of Hawai’i Press.
Dobrin, Sidney I. 2021. Blue Ecocriticism and the Oceanic Imperative. London, New York.
Abkeh, Annette. 2020. Étude sur les contes de Maupassant. London: Éditions universitaires européennes.
Ahmadou Bamba KA. 2020. Imagerie et imaginaire de l’eau dans l’œuvre d’Albert CAMUS. European Scientific Journal 16/8, URL:http://dx.doi.org/10.19044/esj.2020.v16n8p144, 144–158.
Béligan, Nadine. 1998. Les trois âges d’un couple de déités lacustres : éclosion, renaissance et disparition des sirènes du lac de Chicnahuapan, Vallée de Toluca (Mexique). Journal de la Société des Américanistes, 84/1, 45–72, DOI: 10.3406/jsa.1998.1769.
Gannier, Odile. 2011. Roman maritime: Emergence d’un genre en Occident. Paris: Presses de l’université Paris-Sorbonne.
Ledent, Carole. 2011. Ville et rivière. Autour des Rencontres internationales de Liessies 2010. Histoire urbaine, 32/3, 127-–35. DOI : 10.3917/rhu.032.0127.
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Dans le contexte actuel des mouvements migratoires et de la mondialisation – qui favorisent de manière significative le contact et l’alternance des langues parlées à l’intérieur d’un groupe social –, le concept de plurilinguisme est omniprésent dans le discours public, non seulement en Allemagne et en France. Depuis longtemps déjà, les recherches sur ce sujet font partie intégrante de la linguistique (sociolinguistique incluse), des sciences de l’éducation et de la didactique. Il ne faudrait cependant pas oublier le fait que le plurilinguisme n’est nullement un phénomène propre à notre époque, mais qu’il s’inscrit dans une longue tradition, comme il est particulièrement visible dans le champ littéraire.
Le plus ancien exemple de coexistence de plusieurs langues écrites est sans doute la célèbre Pierre de Rosette, présentant des versions parallèles d’un décret synodal de 196 av. J.-C. en trois langues. L’importance du plurilinguisme dans la vie quotidienne romaine se manifeste, entre autres, dans les comédies de Plaute ainsi que dans l’usage linguistique d’auteurs classiques comme Cicéron, qui rédigea des commentaires sur son propre consulat (aujourd’hui entièrement perdus) en grec et en latin et consacra une part importante de sa réflexion à la pratique de la traduction.
On peut même affirmer que la littérature des siècles plus anciens – notamment du Moyen Âge et de la Renaissance – n’était que rarement rédigée dans la langue maternelle des auteurs/autrices: Certaines formes textuelles faisaient délibérément appel à l’usage de différentes langues, ce qui se produisait souvent pour des raisons stratégiques. Cela montre clairement que le plurilinguisme littéraire n’est pas nécessairement lié aux phénomènes migratoires : dans les époques antérieures à l’âge présent, les processus de transfert culturel et les conceptions de l’éducation – qui ne coïncidaient pas forcément avec des mouvements migratoires – jouaient un rôle tout aussi déterminant.
En ce sens, l’utilisation de plusieurs langues dans un texte littéraire, en fonction du contexte historique, politique et socioculturel dans lequel il s’inscrit, ne saurait être interprétée
uniquement comme une pratique d’assimilation ou d’appropriation culturelle. Dans tous les cas, se pose la question du choix linguistique entre langue maternelle et autre(s) langue(s) : comment ce choix est-il justifié au niveau individuel, et quelles en sont les conséquences ?
Dans le champ des études littéraires, on observe toujours un net retard, en particulier concernant les siècles prémodernes. Jusqu’ici, les travaux se sont surtout concentrés sur la soi-disant littérature migrante et la francophonie. La recherche sur le plurilinguisme littéraire s’est pour l’essentiel intéressée aux textes plurilingues, c’est-à-dire à la diversité linguistique au sein d’une même œuvre (dans le sens de l’hétéroglossie selon Mikhaïl Bakhtine). Il s’agit en effet de la forme quantitativement dominante du plurilinguisme textuel. En revanche, le phénomène des auteurs et autrices plurilingues, c’est-à-dire, qui écrivent dans plusieurs langues (dans le sens d’une polyglossie) – reste largement sous-étudié.
Le concept de plurilinguisme littéraire retenu dans le cadre de cette section englobe explicitement ces deux formes. D’un point de vue chronologique, une distinction est posée entre plurilinguisme littéraire simultané et consécutif. La pratique de l’auto-traduction, illustrée de manière presque paradigmatique par Samuel Beckett, y occupe une place centrale. On s’interrogera également sur l’influence éventuelle du genre littéraire sur le choix linguistique. Dans cette section, qui se veut explicitement interdisciplinaire, le plurilinguisme littéraire sera envisagé selon une perspective diachronique (du XVIe au XXIe siècle) et à partir d’approches multiples. Il s’agira ainsi d’examiner les fonctions du plurilinguisme à l’époque moderne dans le contexte de l’émergence des littératures nationales et des nouveaux modèles éducatifs, mais aussi d’interroger les implications politico-culturelles et sociales du choix linguistique dans le contexte (post-)colonial, ou encore de réfléchir au plurilinguisme littéraire comme forme d’enrichissement linguistique et esthétique. La réflexion portera en outre sur les liens entre plurilinguisme littéraire, identité individuelle et créativité poétique. Il s’agira d’envisager le plurilinguisme comme ressource immatérielle, tant pour les savoirs (inter)culturels que dans la perspective de son rôle dans une évolution sociétale durable fondée sur la reconnaissance de la multiculturalité et de l’interculturalité comme valeur ajoutée.
L’analyse d’études de cas permettra d’appréhender les différences culturelles, linguistiques et sociales dans leur complexité. On s’interrogera sur la signification politique et culturelle de la littérature, en s’efforçant également de définir la fonction et la valeur culturelle du plurilinguisme littéraire. L’objectif est, en dernier ressort, de mettre en lumière les liens entre langue et culture, d’en explorer les implications éthiques et d’en dégager les dimensions esthétiques. Les interventions pourront également porter sur l’économie du livre à l’échelle mondiale, qui tend à privilégier les œuvres écrites dans les ‚grandes‘ langues.
Nous demandons des propositions de contribution en allemand ou en français, les résumés n’excédant pas 500 mots (bibliographie exclue). La soumission des résumés se fait à l’aide du formulaire ci-joint. Veuillez envoyer votre proposition jusqu’au 31 janvier 2026 (date limite) aux adresses suivantes : ippolito@uni-potsdam.de; Nickel@em.uni-frankfurt.de
Les notifications d’acceptation seront envoyées avant le 28 février 2026.
Bibliographie
Benert, Britta (ed.). 2015. Paradoxes du plurilinguisme littéraire 1900. Réflexions théoriques et études de cas. Berlin et al.: Peter Lang Verlag.
Brouillette, Sarah. 2007. Postcolonial Writers in the Global Literary Marketplace. Houndsmills: Palgrave Macmillan.
Bürger-Koftis, Michaela / Schweiger, Hannes / Vlasta, Sandra (eds.). 2010. Polyphonie – Mehrsprachigkeit und literarische Kreativität, Wien: Praesens.
Crossings. Journal of Migration and Culture
Dahmen, Wolfgang et al. (eds.). 2000. Schreiben in einer anderen Sprache. Zur Internationalität romanischer Sprachen und Literaturen. Romanisches Kolloquium XIII. Tübingen: Narr Francke Attempo.
De Balsi, Sara. 2024. La Francophonie translingue. Éléments pour une poétique. Rennes: Presses Universitaires de Rennes.
Dembeck, Till / Parr, Rolf (eds.). 2020. Literatur und Mehrsprachigkeit. Ein Handbuch. Tübingen: Narr Francke Attempto Verlag.
Dumontet, Danielle / Zipfel, Frank (eds.). 2008. Écriture Migrante / Migrant Writing. Hildesheim/Zürich/New York: Georg Olms.
Gauvin, Lise (ed.). 1999. Les langues du roman : du plurilinguisme comme stratégie textuelle. Montréal: Les Presses Universitaires de Montréal.
Helmich, Werner. 2016. Ästhetik der Mehrsprachigkeit. Zum Sprachwechsel in der neueren romanischen und deutschen Literatur. Heidelberg: Universitätsverlag Winter.
Hommes et migrations. Revue française de référence sur les dynamiques migratoires
Kellman, Steven G. (ed.). 2003. Switching Languages: Translingual Writers Reflect on Their Craft. Lincoln: University of Nebraska Press.
Klinkert, Thomas (ed.). 2014. Migration et identité. Freiburg i. Br.: Rombach.
Knauth, Alfons K. / Liao, Ping-hui (ed.). 2016. Migrancy and Multilingualism in World Literature, Bielefeld: LIT.
Knauth, K. Alfons / Grüning, Hans-Georg (eds.). 2014. Imaginaire et idéologie du plurilinguisme littéraire et numérique. Bielefeld: LIT Verlag.
Lebrun, Monique / Collès, Luc. 2007. La littérature migrante dans l’espace francophone: Belgique, France, Québec, Suisse. Fernelmont: E.M.E.
Maaß, Christiane / Volmer, Annette (eds.). 2005. Mehrsprachigkeit in der Renaissance. Heidelberg: Universitätsverlag Winter.
McMurty, Áine / Siller, Barbara / Vlasta, Sandra (eds.). 2023. Mehrsprachigkeit in der Literatur. Das probeweise Einführen neuer Spielregeln. Tübingen: A. Francke.
Mertz-Baumgartner, Birgit. 2004. Ethik und Ästhetik der Migration. Algerische Autorinnen in Frankreich (1988-2003). Würzburg: Königshausen & Neumann.
Müller, Gesine. 2012. Die koloniale Karibik. Transferprozesse in hispanophonen und frankophonen Literaturen. Berlin / Boston: De Gruyter.
Nohe, Hanna / Hertrampf, Marina Ortrud M. / Hagen, Kirsten von (eds.). 2021. Au carrefour des mondes. Récits actuels de femmes migrantes. München: AVM.
Redouane, Najib / Bénayoun-Szmidt, Yvette (eds.). 2017. Littératures maghrébines au cœur de la francophonie littéraire. 2 vols. Paris: L’Harmattan.
Rentel, Nadine et al. (eds.). 2024. Mehrsprachigkeit – Sprechereinstellungen, mediale Erscheinungsformen und didaktische Implikationen. Stuttgart: Ibidem.
Rentel, Nadine et al. (ed.). 2022. Traduire l’expérience migratoire. Perspectives littéraires. Berlin: Peter Lang.
Talbayev, Edwige Tamalet. 2017. The Transcontinental Maghreb. Francophone Literature across the Mediterranean. New York: Fordham University Press.
Watts, Richard. 2005. Packaging Post/Coloniality. The Manufacture of Literary Identity in the Francophone World. Lanham / Boulder / New York / Toronto / Oxford: Lexington Books.
Yllera, Alicia / Muela Ezquerra, Julian. 2015. Plurilinguisme dans la littérature française. Lausanne: Peter Lang Verlag.
La complexité de l’espace et l’importance cruciale de ses ressources
Depuis le spatial turn, l’espace est devenu un paradigme clé des sciences culturelles et littéraires. Il n’est plus considéré comme un simple réceptacle ou décor, mais comme un champ dynamique de relations, de différences et de pratiques dans lequel s’inscrivent des processus sociaux, politiques et esthétiques. Les textes littéraires ne se contentent pas de rendre ces dimensions visibles, ils créent l’espace de manière performative : ils structurent la perception, ouvrent des champs de possibilités et imaginent des ordres alternatifs. Sous le titre Territoire textuel, la section souhaite explorer la manière dont les littératures française et francophone conçoivent l’espace comme une ressource – en tant que base de vie menacée, terrain socialement disputé, lieu de mobilité et d’exclusion – et comment, à leur tour, les ressources de l’espace sont utilisées.
Trois paradigmes clés interdépendants de notre époque sont au centre de cette réflexion : les perspectives écologiques, la diversité et l’intersectionnalité, ainsi que la migration et les espaces transculturels.
Thème 1 : Dimensions écologiques
Sous le signe de la crise climatique, l’espace devient une ressource précaire : les sols s’érodent, l’eau se raréfie, les villes côtières sont menacées par la montée des eaux. La littérature reflète ces menaces, dénonce les pertes et développe en même temps de nouvelles formes de coexistence entre l’homme, la nature et le monde animal. La littérature francophone des Caraïbes et du Maghreb, mais aussi les textes contemporains européens, mettent en scène des espaces à la fois naturalistes, politiques et poétiques, allant de la plantation comme lieu d’exploitation coloniale des ressources au terrain vague urbain. Les écritures géopoétiques ouvrent des espaces d’expérience esthétiques dans lesquels sont expérimentées des éthiques écologiques et des projets d’avenir. Les frontières entre les habitats humains et animaux ainsi que les visions d’écologies partagées et hybrides présentent ici un intérêt particulier.
Thème 2 : Diversité et intersectionnalité
Les espaces ne sont jamais neutres : les questions d’accès, de visibilité et d’exclusion influencent leur utilisation. Les textes littéraires montrent comment le genre, la classe sociale, l’origine, le handicap, la religion ou l’orientation sexuelle structurent l’accès aux espaces. Ils offrent un aperçu des processus de marginalisation – par exemple dans les banlieues ou les « non-lieux » – tout en négociant des scénarios d’émancipation. Des auteur.e.s tel.le.s que Annie Ernaux, Didier Eribon ou Leïla Slimani mettent en évidence la manière dont les inégalités sociales se concrétisent dans l’espace. Dans le même temps, le corps lui-même apparaît comme un espace et une ressource, comme le théâtre de la violence sociale mais aussi de l’autonomisation. Les perspectives intersectionnelles montrent clairement que les axes d’inégalité se superposent et se renforcent, créant ainsi de nouveaux espaces d’invisibilité, mais aussi de résistance.
Thème 3 : Migration et espaces transculturels
La migration, la post-migration et la diaspora marquent l’espace d’une manière particulière en tant que ressource. Elles soulèvent des questions sur les frontières, le transit et l’appartenance et créent des espaces intermédiaires hybrides dans lesquels l’identité culturelle est renégociée. Les textes de Assia Djebar, Fatou Diome, Alain Mabanckou ou Scholastique Mukasonga traitent de l’expropriation, de la mémoire, des lieux de transit et des camps, ainsi que des réappropriations imaginatives de l’espace. Dans ce contexte, la dimension de la violence apparaît également : Achille Mbembe a utilisé le concept de nécropolitique pour décrire des zones de privation de droits dans lesquelles les migrant.e.s sont exposé.e.s au risque de disparition ou de mort en Méditerranée. La littérature révèle ces espaces et montre en même temps comment de nouvelles formes de communautés relationnelles peuvent émerger, dans l’esprit de la Poétique de la relation de Glissant. Le texte littéraire lui-même devient un « troisième espace » dans lequel l’hybridité n’est pas un déficit, mais une ressource.
Synthèse : La ressource spatiale dans le miroir de l’œuvre littéraire
Ces trois thèmes principaux sont étroitement liés : la destruction de l’environnement génère des mouvements de fuite, l’accès inégal aux ressources aggrave les inégalités sociales, les questions de diversité posent de nouvelles exigences en matière de participation spatiale. La littérature réagit à ces interdépendances non seulement en décrivant des espaces, mais aussi en les créant : comme scène, comme champ de conflit, comme réservoir de projets d’avenir. Elle permet de comprendre que l’espace est toujours disputé et négociable, mais qu’il recèle en même temps le potentiel d’imaginer de nouvelles formes de vie sociale, esthétique et politique.
Cette section souhaite rassembler des contributions qui traitent de l’espace en tant que ressource dans les littératures française et francophone. Les analyses qui associent des questions écologiques, sociales et migratoires sont les bienvenues, tout comme les contributions issues de domaines connexes. L’objectif est de rendre visible le territoire textuel en tant que champ de recherche contemporain et d’explorer la diversité des ressources spatiales dans le domaine des études littéraires.
Nous demandons des propositions de contribution en allemand ou en français, les résumés n’excédant pas 500 mots (bibliographie exclue). La soumission des résumés se fait à l’aide du formulaire ci-joint. Veuillez envoyer votre proposition jusqu’au 31 janvier 2026 (date limite) aux adresses suivantes : florian.luetzelberg@uni-bamberg.de, wiemer@uni-wuppertal.de
Les notifications d’acceptation seront envoyées avant le 28 février 2026.
Ces dernières années, l’écologie et la durabilité ont fait leur entrée remarquée dans les études littéraires et culturelles françaises, sous les appellations d’« écocritique » ou d’« écopoétique ». Ce champ de recherche dynamique s’est particulièrement intéressé aux ressources naturelles, à leur mise en danger et à leur protection (cf. Schoentjes 2015, Posthumus 2017, Barontini et al. 2022, Buekens 2022a). Pourtant, les littératures et cultures francophones situées au-delà de l’Hexagone demeurent encore peu explorées dans cette perspective – une lacune d’autant plus surprenante que leur ancrage dans d’anciennes colonies françaises, souvent riches en ressources, rend cette approche particulièrement pertinente (cf. Boizette et al. 2021).
À y regarder de plus près, les littératures francophones contemporaines issues notamment de l’Afrique subsaharienne et du Québec se révèlent très attentives aux enjeux écologiques actuels. Inscrites dans les esthétiques et les théories postcoloniales et décoloniales, elles interrogent en profondeur les problématiques de l’Anthropocène (cf. Lassi 2023, Buekens 2025). Ces textes abordent de manière récurrente les questions liées aux ressources – leur exploitation, leur surexploitation ou leur sauvegarde – tant dans le cadre d’une réflexion sur la domination coloniale que dans celui des cosmologies autochtones, où la terre, les minéraux, l’air, l’eau, la faune et la flore occupent une place centrale.
Certains motifs – comme les arbres ou la forêt (vierge) – jouent un rôle symbolique et narratif majeur dans nombre d’œuvres littéraires, jusqu’à acquérir parfois une agentivité propre. Citons, à titre d’exemples, La saison des ombres (2013) de Léonora Miano, Congo Inc. Le testament de Bismarck (2014) d’Inkoli Jean Bofane, Ulmus Americana (2021) d’Antoine Desjardins ou encore Bois de fer (2022) de Mireille Gagné. D’autres textes, tels que Petroleum de Bessora (2004), mettent l’accent sur l’exploitation des ressources naturelles et ses conséquences dans les sociétés postcoloniales.
Nous proposons d’aborder les littératures francophones contemporaines à travers une double acception de la notion de ressource. Outre les ressources dites « naturelles », nous
souhaitons interroger les ressources « culturelles » : traditions orales et écrites, langues autochtones ou allochtones, récits fondateurs, cosmogonies. Dans une perspective écocritique, ces ressources culturelles apparaissent indissociables des ressources naturelles. Elles constituent non seulement leur complément ou leur contrepoint, mais sont tout aussi vulnérables.
Cette vulnérabilité est particulièrement sensible dans la représentation de la nourriture, souvent investie d’une forte charge sémiotique : marqueur d’ethnicité (parfois stéréotypé), d’hybridité ou de transculturalité, elle sert également à figurer les rapports d’exploitation – qu’ils soient interpersonnels, sociaux ou mondiaux.
Dans cette section, nous nous attacherons à analyser les interdépendances entre ressources naturelles et culturelles, en particulier dans des contextes interculturels ou à la lumière des théories postcoloniales. Il ne s’agira pas uniquement d’examiner les occurrences thématiques des ressources dans les textes, mais de valoriser l’élaboration esthétique de ces représentations, en recourant à une terminologie littéraire appropriée.
Quelques axes de réflexion possibles :
· Quelles ressources naturelles et culturelles sont mobilisées dans les textes ? Dans quels contextes sociopolitiques ou écologiques (constructifs/destructeurs) sont-elles inscrites ?
· Quel rôle jouent, dans cette perspective, les récits coloniaux, postcoloniaux ou décoloniaux ?
· Y a-t-il des références explicites ou implicites à des discours écocritiques ou écopoétiques, à la notion d’Anthropocène, ou à d’autres discours contemporains similaires ?
· Quels procédés littéraires permettent de figurer ces ressources ? La narration elle-même peut-elle être pensée comme une ressource, voire comme un mode de production ou de transformation des ressources ? Et si oui, à quelles finalités – esthétiques, sociales, politiques – répond-elle ?
· Dans quelle mesure la littérature cherche-t-elle à déconstruire, par des moyens spécifiques, l’idée anthropocentrique de la « nature » en tant que ressource ?
· Peut-on repérer des tentatives de mise en récit d’une perspective non-humaine, voire d’attribution d’une agentivité propre à la « nature » (cf. Buekens 2022b) ?
· Comment certains motifs, tels que celui de la nourriture, jouent-ils un rôle d’interface entre « culture » et « nature » ? En quoi permettent-ils de figurer des tensions autour de l’exploitation ou de la raréfaction des ressources ?
Nous demandons des propositions de contribution en allemand ou en français, les résumés n’excédant pas 500 mots (bibliographie exclue). La soumission des résumés se fait à l’aide du formulaire ci-joint. Veuillez envoyer votre proposition jusqu’au 31 janvier 2026 (date limite) aux adresses suivantes : c.ott@em.uni-frankfurt.de; christina.schaefer@romanistik.uni-kiel.de
Les notifications d’acceptation seront envoyées avant le 28 février 2026.
Bibliographie:
BARONTINI Riccardo, BUEKENS Sara et SCHOENTJES Pierre (dir.), L’Horizon écologique des fictions contemporaines, Genève, Droz, 2022.
BOIZETTE Pierre, GARNIER Xavier, LEFILLEUL Alice et RIVA Silvia (dir.), « Écopoétiques décoloniales », Littérature 2021:1 (no. 201 : « Zones à dire. Pour une écopoétique transculturelle », dossier coordonné par Le Collectif ZoneZadir), pp. 66-81; https://doi.org/10.3917/litt.201.0066.
BUEKENS Sara, Écologies littéraires africaines. L’imaginaire de l’environnement dans la littérature francophone postcoloniale, Leiden et Boston, Brill, 2025.
BUEKENS Sara, Émergence d’une littérature environnementale. Gary, Gascar, Gracq, Le Clézio, Genève, Droz, 2022 (=2022a).
BUEKENS Sara, « Raconter l’Anthropocène. Le réalisme magique comme mimèsis », Ecozon@, vol. 13 no 2, 2022 (=2022b) ; disponible en ligne : https://ecozona.eu/issue/view/242.
LASSI Étienne-Marie, Cohabiter l’espace postcolonial: écologie du roman africain francophone, Leiden, Brill, 2023.
POSTHUMUS Stéphanie, French Ecocritique: Reading Contemporary French Theory and Fiction Ecologically, Toronto, University of Toronto Press, 2017.
SCHOENTJES Pierre, Ce qui a lieu. Essai d’écopoétique, Marseille, Wildproject, 2015.
